142018Déc

Le Burn-out : réponses du Dr Patrick Légeron

Le burn-out : « L’émergence d’une réalité »

Dans le cadre du colloque sur le burn-out : « de la prévention au soin », organisé par le cabinet Stimulus et les Thermes de Saujon, le 22 Novembre dernier, dans les locaux de Malakoff Médéric, nous reprenons ici 3 questions réponses du Dr Patrick Légeron, co-auteur avec le professeur Jean-Pierre Olié du rapport sur le burn-out de l’Académie de Médecine :


Le burn-out, dont on parle tant aujourd’hui, est-il une nouvelle maladie ?

Le concept de burn-out est apparu assez récemment dans les environnements de travail, désignant des manifestations d’épuisement professionnel. Cependant, on retrouve loin dans le temps des descriptions assez précises de sa symptomatologie. C’est ainsi le cas de « la grande fatigue » du prophète Elie dans l’Ancien Testament et le terme même de burn-out est utilisé par Shakespeare à la fin du XVIème siècle. Dans l’une des œuvres les plus fameuses de l’écrivain allemand Thomas Mann il y a un siècle, il est aisé de reconnaître un cas de burn-out dans le personnage de Thomas Buddenbrook.

En fait l’histoire « médicale » du burn-out commence avec un Français, le psychiatre Claude Veil qui, dans un article publié en 1959, introduit le concept d’épuisement professionnel. Ensuite, en 1971, Herbert Freudenberger, psychanalyste allemand établi à New-York, emploie le premier le terme de burn-out professionnel pour décrire la perte d’enthousiasme et l’épuisement émotionnel de bénévoles consacrant leur temps à aider des usagers de drogues dures dans des « free clinics ».

Enfin, nous devons à la psychologue américaine Cristina Maslach d’avoir, dès le milieu des années 80, étudié de manière approfondie cet état d’épuisement et d’avoir décrit ses caractéristiques qui servent encore aujourd’hui de référence, 30 ans après.

Quelle est la réalité du burn-out en tant que pathologie ?

Étonnamment, le terme de burn-out n’apparaît pas dans les classifications des troubles mentaux internationales, nord-américaines ou françaises. Les critères diagnostiques sont encore très discutés. La question se pose ainsi de savoir s’il s’agit d’une forme particulière de dépression (celle d’épuisement par exemple). Mais, alors que la dépression est une entité clinique bien définie dont les composantes symptomatiques sont bien établies, le burn-out reste encore très flou quant à ses manifestations. Il pourrait aussi s’agir d’une maladie liée au stress : on évoque alors un « trouble de l’adaptation avec humeur dépressive » (encore appelé le TAHD) ou encore d’une pathologie mixte associant dépression et TAHD.

Les données épidémiologiques sur le burn-out sont à ce jour très insuffisantes, tant dans le domaine descriptif qu’analytique. Cette défaillance est la conséquence logique des difficultés à poser avec précision les limites du burn-out.

L’Académie de médecine, dans un rapport publié en 2016, souligne donc que le terme de burn-out renvoie en fait à une réalité mal définie, allant d’un état de détresse psychologique infraclinique à un état vraiment pathologique de syndrome d’inadaptation à un facteur stressant chronique. Le terme de burn-out ne peut donc pas être actuellement un diagnostic médical.

 

Quelles sont les manifestations symptomatiques du burn-out ?

Le burn-out peut être considéré comme la phase ultime du processus de stress. Il se caractérise par une triade de symptômes.

Le premier élément de cette triade est l’épuisement émotionnel, à savoir un état d’intense fatigue physique et psychique caractérisé par une absence quasi-totale d’énergie qui se répercute sur la vitalité de l’individu.

Le deuxième élément de la triade est un état qualifié de dépersonnalisation, ou plutôt de « déshumanisation » caractérisé par une attitude négative, détachée voire cynique. Il n’y a plus aucune empathie envers les autres, traités comme de simples « objets ».

Enfin, le troisième élément symptomatique du burn-out correspond à une diminution du sens de l’accomplissement et de la réalisation de soi. La baisse de l’estime de soi est associée à un vécu dépressif important.

La traduction dans notre langue du terme burn-out en « épuisement professionnel » pose un sérieux problème. Car elle réduit le burn-out à cette seule dimension, alors qu’on ne peut pas parler de burn-out en l’absence des deux autres dimensions.

Une échelle de mesure développée par Christina Maslach (le Maslach Burn-out Inventory ou MBI) évalue chacune de ces trois dimensions en trois niveaux : faible, moyen, élevé. Mais le MBI ne peut être considéré comme un outil diagnostique, c’est un simple outil d’évaluation de l’intensité de symptômes.

Bibliographie du Dr Patrick Légeron

Maslach C., Jackson S.E. Maslach Burnout Inventory. Research Edition. Consulting Psychologists Press. Palo Alton (California), 1981

Maslach C. Understanding burnout: Definition issues in analyzing a complex phenomenon. In W.S. Paine (éd.), Job Stress and Burnout. Sage Publications, Beverly Hills (California), 1982

Olié J.P., Légeron P. Le burn-out. Rapport de l’Académie nationale de médecine. Bulletin de l’Académie nationale de médecine, Paris, février 2016

Truchot D. Epuisement professionnel et burn-out. Concepts, méthodes, interventions. Dunod, 2015 Veil Cl. Les états d’épuisement. Le Concours médical, Paris, 1959, p. 2675-2681

 

 




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