De plus, les effets adverses des benzodiazépines sont bien connus et posent des problèmes nombreux tels que des atteintes cognitives de favoriser le déclenchement de processus détérioratifs cérébraux ou encore ceux relatifs à la conduite automobile.

La question du sevrage de benzodiazépines a fait l’objet d’un rapport de la Haute Autorité de Santé en 2007. Ce rapport concluait au contrôle de la situation par le discours du médecin généraliste. Cependant, ce type de prescription par le médecin généraliste n’apparait pas naturel à l’usage puisque, malgré ce rapport, on a constaté très peu de modification de comportements dans ce domaine.

Pour preuve, on constate une évolution stable de la consommation des benzodiazépines hypnotiques et anxiolytiques, ces dernières années.

L’une des thérapies qui, est reconnue potentiellement comme la plus efficace, est la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) et notamment la pratique des entretiens motivationnels et de l’accompagnement au sevrage utilisés dans les troubles de type addictif.

D’une manière générale, les addictions ne peuvent se traiter en quelques jours. Il faut souvent des séjours de 3 à 4 semaines pour obtenir des résultats thérapeutiques quel que soit le mode d’addiction présenté. La nécessité d’un corps médical présent est également souhaitable. Enfin, il est recommandé dans certains cas d’addiction de créer des groupes de patients ayant des problématiques communes car l’effet groupe est favorable à l’effet recherché.

Les stations thermales à orientation psychiatrique présentent le grand avantage d’avoir sur place, et pendant 3 semaines, des patients présentant un trouble anxieux avec consommation chronique de médicaments anxiolytiques, souvent motivés pour arrêter leur consommation médicamenteuse, dès lors qu’ils sont bien encadrés par un corps médical et paramédical formé.

L’ensemble des soignants exerçant en station thermal peut apporter des solutions psychothérapeutiques en termes de thérapie cognitivo-comportementale (entretiens motivationnels).

De plus les médecins qui suivent le patient au cours de leur cure sont amenés à réduire ou arrêter, en accord avec le patient, cette consommation.

Le protocole de sevrage de benzodiazépines

C’est ainsi qu’a été écrit un protocole relatif aux moyens du sevrage des benzodiazépines. Ce protocole a été écrit par un groupe d’experts universitaires constitué en particulier des professeurs Jean Pierre Lépine, psychiatre (Hôpital Fernand Widal, Paris), Philip Gorwood, psychiatre (Hôpital Sainte Anne, Paris), Jean Pierre Olié, chef de service (Hôpital Sainte Anne, Paris), du Docteur André Galinowski, psychiatre (Paris) et du psychologue, Thierry Hergueta, (Hôpital de la Pitié Salpêtrière, Paris).

Certains ont travaillé sur le programme du protocole TCC et son enseignement auprès des stations thermales ; d’autres ont été centrés sur les règles de prescription médicale et d’accompagnement au sevrage au cours de la cure.

Tout cela a abouti à un travail finalisé, validé qui a été proposé à 70 patients dans le cadre d’une étude scientifique encadrée, nommée SPECTh (Sevrage de Psychotropes par Éducation psychothérapique en Cure Thermale) qui a réuni 9 groupes de 6 et 12 patients pendant 3 semaines.

L’objectif était que ces patients réduisent de manière totale ou partielle et sur une durée longue (6 mois après la fin de la cure) leur consommation médicamenteuse.

Résultats

Deux groupes de patients ont été analysés en comparaison :

  • le groupe de patients ayant totalement arrêté la consommation médicamenteuse à 6 mois était composé de 41 % des patients initiaux.
  • l’autre groupe, constitué de 58 % des patients initiaux avait une consommation finale à 6 mois réduite d’au moins 75 % (environ 80 % pour les anxiolytiques et 66 % pour les hypnotiques).

4 centres thermaux nationaux (Bagnères de Bigorre, Néris les Bains, Saujon, Ussat les Bains) ont participé à cette évaluation qui a donc permis de recruter 70 patients.

80 % de l’ensemble des patients ont pu réduire d’au moins 50 % leur consommation médicamenteuse 6 mois après la fin du protocole.

16 %, seulement, n’ont pas rencontré d’amélioration significative.

Il est à noter également que l’état anxieux et/ou dépressif présenté initialement par les 70 patients, a été significativement amélioré à 6 mois, dans le cadre de ce suivi et que l’amélioration a été corrélée à l’importance de l’arrêt médicamenteux. Ainsi plus les patients ont arrêté leurs médicaments, plus leur état anxieux et leurs troubles du sommeil ont été significativement améliorés à la fin de leur cure, comme si l’arrêt médicamenteux assurait l’amélioration clinique.

Sources et références :
Auteurs : Pierre de Maricourt, Phili Gorwood, Thierry Hergueta, André Galinowski, Roger Salamon, Abou Diallo, Christine Vaugeois, Jean-Pierre Lépine, Jean-Pierre Olié, Olivier Dubois
Titre : Balneotherapy together with a psychoeducation program for benzodiazepine withdrawal: a feasability stydu (2016-09-14)
Journal : Evidence-Based Complementary and Alternative Medicine
Editeur : Giuseppe Morgia

Publié le 31 décembre 2014

Modifié le 25 octobre 2016